terrien

Publié le par askatu

Yannick Jaulin
Terrien

 

Labours
Mes textes s’écrivent en marchant, ils sont faits de temps d’immersion et d’errances.
J’aime la collecte d’histoires en rapport à ma thématique, ici notre rapport à la terre, à la propriété. Qu’est ce qu’on possède du monde ?
À chaque fois, je m’étonne de l’incroyable richesse de ces histoires relatant la vie des hommes. Mais je ne suis pas ethnologue, j’en fais mon miel et, dans ces terres retournées, je rajoute mes graines d’univers.
Graines triées avec mes compagnons de route, poètes ou politologues, ou les deux.
Lors de mes labours, le rapport au public est essentiel, j’ai besoin de cette connivence, de cette écoute. Ce sont des moments uniques ; je tente, j’explore, je laboure mon champ, je deviens terrien…

Yannick Jaulin

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© Doumé

Ecriture et jeu :
Yannick Jaulin
Mise en scène :
Frédéric Faye
Assistanat d’écriture :

Valérie Puech
Dramaturgie :
Wajdi Mouawad
Création lumières :

François Austerlitz
Composition musicale
et sonore :
Camille Rocailleux
Analyse politique :
Pierre Lascoumes

Coproduction :
Compagnie Le Beau Monde ? Yannick Jaulin,
Le Théâtre National de Chaillot, La MC2, Maison de la Culture de Grenoble, L’Espace Malraux, Scène nationale de Chambéry et de la Savoie, Le Moulin du Roc, Scène nationale de Niort.

Durée estimée : 1h30

CREATION EN RESIDENCE

 

du mardi 13 au vendredi 23 mars
(relâche le dimanche)
Mardi, vendredi, samedi : 20h30
Mercredi, jeudi : 19h - 20h30

Tarif C

Les représentations des 13, 16, 17, 20 et 23 mars sont complètes

 

Le catalogue de la saison 2006/2007 sera disponible à l’accueil du Moulin du Roc à partir du 29 août
Adhésions, abonnements, réservations a partir du vendredi 8 septembre a 8h00.

 


L'ACCUEIL


L'accueil est ouvert du mardi au vendredi de 12h30 à 18h30 et le samedi de 14h à 18h.

Adresse : 9 bd Main, BP 405, 79000 Niort
Informations / Réservations : 05 49 77 32 32 (aux heures d'ouverture de l'accueil)
Télécopie : 05 49 77 32 31
Courriel : moulinduroc@moulinduroc.asso.fr

 

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A
<br /> <br /> <br /> <br /> Terrien<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> Yannick Jaulin<br /> <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> Durée : 1H30 Ouverture guichet :Cartes Coursive samedi 5 maiTous publics mardi 22 mai<br /> <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />  <br /> Il a fréquenté la mort pour mieux l’apprivoiser («J’ai pas fermé l’œil de la nuit»), raconté des histoires vraies de menteurs («Menteur»). Yannick Jaulin, conteur de son état, se promène ainsi parmi ses semblables au point de leur ressembler, sans artifices ni esbroufe avec, pour unique support à ses histoires, la parole.<br /> Terrien, c’est le titre et le propos à la fois, du nouveau spectacle de Yannick Jaulin. Ici le conteur reste sur terre, au point de s’y identifier: un homme seul au milieu de ses images. Un homme parlant le monde et le donnant à voir. Un homme au milieu d’images provenant d’un monde qui le pétrit, qui le malaxe. Cet homme va à la rencontre de chasseurs avenants, d’ancêtres, dont son propre grand-père, d’un coq de bruyère dans sa parade au milieu de son territoire, d’actionnaires de la Lune ou de Mars, de gurus en tous genres, d’artistes. <br /> Terrien, c’est le chant des pistes, celles de la mémoire toujours, de l’actualité bien sûr, mais aussi l’esquisse d’un futur où l’humanisme aurait toute sa place. Yannick Jaulin joue avec les mots et les maux de notre époque, la commentant en chroniqueur intarissable et malicieux, avec son regard décalé, juste à côté des choses, pour mieux les relater, les donner à voir, à entendre, à comprendre. Dans l’alchimie mystérieuse et secrète de la fabrication de son spectacle, le solitaire Yannick Jaulin accueille autour de lui des artistes créateurs tels que Camille Rocailleux, compositeur et interprète, Wajdi Mouawad, auteur et metteur en scène, François Austerlitz, créateur lumière, ainsi qu’un réalisateur vidéaste. <br /> Humour goguenard, forte présence sur scène, sens de l’espace, physique et oral, Yannick Jaulin a toujours quelque chose à dire, sans ton docte ou professoral, mais avec toute la gentillesse et la délicate attention de l’honnête homme qu’il est, terrien d’un autre siècle. <br />  <br /> Yannick Jaulin, auteur, interprèteFrédéric Faye, direction d'acteur et mise en scèneWajdi Mouawad, dramaturgieCamille Rocailleux, composition musicale et sonoreFrançois Austerlitz, lumièreAngélique Clairand et Valérie Puech, assistanat à l'écriture et mise en scèneHervé Jolly, vidéoValérie Mascolo, costumes<br /> <br /> <br /> <br />
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A
Collectage<br /> GRENOBLEThomas SybilNom du père : Patrick Nom de la mère : JacquelineNé à Lyon. Ca ressemble à un univers minéral. Des immeubles les uns à côté des autres. La maison d’enfance c’est la maison de ma grand mère. C’était une grande maison carrée, qui s’appelait la maison carrée d’ailleurs. Avec un petit jardin, à l’extérieur du village. Cette maison avait plein de chambres et on était plein de cousins à y aller, et j’ai un souvenir, j’étais dans une petite chambre relativement fraîche avec un petit lit et un espèce d’édredon énorme et on rentrait dans le lit et c’était le bonheur intégral. L’endroit où je me sens le mieux dans ma maison, c’est le canapé de mon salon. C’est là où je me détends et où je me retrouve en face de moi-même. La chose que j’aimerais le plus posséder au monde, c’est la liberté. Je suis propriétaire d’une grosse ferme. Le fait d’avoir un chez moi qui est à moi, où je peux décider tout ce qui va s’y passer me donne une espèce de force. Il y a un bout de moi qui est là et ça m’enlève des craintes et me donne la force d’être libre de faire ce que je veux ici ou ailleurs. Il y a une espèce de source d’énergie qui est là, il y a un peu de moi qui est là, cette terre m’appartient le temps que j’y suis, et je sais que je peux y revenir quand je veux, que j’aurais toujours un toit. Elle a plein d’histoires. C’est une très vieille ferme que j’ai acheté à une famille du coin et moi, j’y ait vécu déjà 17 ans. Quand je me suis installé j’y ai bossé pendant 15 ans et là j’ai cédé l’exploitation agricole à un jeune et moi je développe une activité de restauration. Brigitte GorsseNom du père : Pierre MandiracNom de la mère : Bernadette GentilNée à Albi. Et J’habite à Grenoble. Mon itinéraire ça passe par Nancy. Ma maison d’enfance c’est une grande maison bien froide et un grand jardin. Une vieille maison où mon père habitait jeune et c’est surtout pour moi un grand jardin qui était un lieu phénoménal pour jouer. Il y avait des cabanes, quand onjouait on avait chacun une petite maison à nous…C’était toujours plein de gamins. Maintenant je suis dans une vieille maison qu’on a acheté il y a 25 ans, avec un tout petit jardin. Moi, où je suis bien actuellement, c’est encore une vieille maison, un presbytère qui est dans un tout petit village au fin fond du Tarn, vers l’Aveyron. Ca a été une maison de vacances pendant 30 ans et mon père y était très attaché, et maintenant j’y suis aussi très attachée. C’est une vie tout à fait différente d’ici, c’est un petit village avec 12 âmes, c’est loin de tout. J’ai des problèmes d’héritage. Cette maison a été une bagarre, je suis pas encore tout à fait remise. Ma mère est décédée 11 ans avant mon père, elle avait 11 ans de moins que mon père et le grand souci de mon père c’était de préserver ma mère, pensant qu’elle lui survivrait. Et quand il est décédé, il n’a pas arrangé ses affaires et je me suis retrouvée en face d’une sœur avec qui ça a très mal fonctionné. Il y avait une grosse villa à Albi, et il y avait cette maison dans le Tarn, qui n’avait pas du tout la même valeur, mais pour moi elle avait une grande valeur sentimentale. Je ne l’ai pas eu facilement, parce que je ne voulais pas non plus spolier mes enfants, ma sœur a joué là dessus, ça a été la bagarre, mais j’ai eu ma maison. Je trouve lourd d’être propriétaire, ça me donne pas une impression de liberté d’être propriétaire. Ca m’a beaucoup brassé cette histoire d’héritage. Là je suis contente parce que depuis 1 an je m’y sens bien à nouveau. Mon père voulait que la maison reste telle quelle. Mais ma sœur a profité que je sois à Grenoble pour rentrer dans la maison et prendre des choses. En fait elle m’a rendu service parce qu’on a dû remplir les grands vides qu’elle avait laissé et ça m’a permis de me l’approprier cette maison, plutôt que d’en faire un musée. Est-ce que c’est un cadeau ces choses qui se transmettent ? Moi je considère ça comme un cadeau parce que ça m’a permis de revenir dans le Tarn. Je retrouve dans des tiroirs, dans des greniers, plein de souvenirs et ce sont des cadeaux pour moi. Quelquefois, il faut reconstituer le puzzle parce que mon père n’est plus là pour me dire. Pour moi, c’est plutôt une racine. Je trouve ça sympa de retrouver des racines. Mais l’arbre est au dessus. Ca m’empêche pas de revenir à Grenoble, je vais finir ma vie à Grenoble.France Beaurepaire (nom de jeune fille) et mon nom de femme mariée c’est De Brie, donc je suis vraiment dans la géographie. Je suis née à Grenoble, les grands parents, ce sont des vieux capitaines d’industrie. Cette génération, c’était les belles propriétés autour de Grenoble. La génération d’après, ça a changé les industries se passaient à plusieurs, c’était après la guerre, c’était le plaisir de vivre, les propriétés étaient déjà morcelées. Et ma génération, coup de vide, on peut plus entretenir ces gros trucs, c’est des séparations…On a essayé de proposer ces propriétés aux communes pour faire des mairies, et ça marche pas très souvent, donc c’est devenu la proie des immobiliers très souvent. J’ai vu le train de vie d’autrefois et j’ai vu fondre ces propriétés. Et je trouve ça très bien, de voir fondre l’avoir ça donne aussi une certaine légéreté, une certaine philosophie, un autre regard. Chez mon grand père il y avait 18 domestiques et quand il y avait des dîners, il en avait 25. C’était des grosses maisons bourgeoises, mais aujourd’hui on ne peut pas vivre dans une maison où il y a 25 chambres, des immenses cuisines…On peut pas. Faut séparer ça en plusieurs, mais c’est galère à plusieurs, c’est plus adapté. La maison du grand père est en dessous de chez moi. J’ai vu ce que c’était de vivre dans des grands salons, bien servis, et puis j’ai vu aussi ce que c’était de faire soi même son jardin, récolter, ce que je fais maintenant, c’est à dire l’autre bout quoi. Dans ma rue, toutes les dames qui autrefois servaient chez nous , maintenant, elles voyagent, elles vont à Prague, elles font des voyages avec nous, on fait des soirées au village, ensemble, on partage et je vois comment la culture, il y a une espèce d’égalisation, c’est plus champagne, plus léger quoi, c’est bien, ça change. A l’époque, les pères ils faisaient construire des immeubles, et donnaient un appartement à chacune de ses filles. On avait un bel appartement dans une avenue toute neuve qui se construisait, et il y a des rues qui portent les noms…Moi je suis née là dedans, et on naissait pas à l’hôpital, on naissait avec des nurses. Et l’été on montait à la campagne, jusqu’au jour où a vécu carrément à la campagne. Et moi j’ai de la chance, je vis à côté d’un grand cèdre. Et je me dis pourquoi est-ce que la vie m’a posé là, à côté de ce grand cèdre ? Et l’autre jour, il y avait un conteur noir qui disait nous on dit pas « avoir », on dit « être à côté » ou « être avec ». Je me suis dit visiblement « j’ai pas un cèdre », mais pourquoi est-ce que la vie m’a posé là ? Le jour où j’aurais la réponse il y a quelque chose qui sera harmonisé avec le « pourquoi je suis là ». Je suis sûre qu’effectivement une propriété c’est lourd. Toute chose a son avantage et son inconvénient. Une chose est lourde, mais elle vous donne de la beauté, un appartement, par exemple, c’est léger, mais on a la légéreté, la liberté. J’ai hérité de la maison de mes parents, c’était un grand terrain, mes frères et sœurs ont tous hérité. 4 frères et sœurs, on a pas mis de murs. Si mes parents revenaient, sous l’allée des marronniers, je crois qui seraient très émus de voir qu’on s’entend bien. Un petit détail sur les pissenlits : je ramassais des pissenlits près du cèdre qui sépare mon frère et moi et mon frère a ouvert la fenêtre et a dit « hé là c’est chez moi ». J’ai ramassé des pissenlits un peu trop loin parce que je savais qu’il y en avait des bons là bas, je suis revenue un peu génée. Le lendemain, mon frère arrive avec un sac de pissenlits et il me dit « tiens j’en ai plein chez moi », mais ses pissenlits étaient très amers. Souvenir, un moment d’enfance, un endroit particulier ? Cette grande maison, pendant la guerre, plusieurs oncles et tantes sont venus habiter là, on se resserrais, quand il y avait des sirènes, on allait tous au fond du jardin, il y avait un pont 1900, on allait sous le pont et on attendait que le bombardement passe. L’autre jour, je faisais du yoga en face du jardin maternel et du jardin paternel. Je sais pas comment dire, on reste reliés. C’était très fort. Fin d’une époque, est-ce qu’il y a un orgueil familial ? Il y a la parade, qui existe encore bien, on fait comme si on avait rien perdu. Mais on a pas les moyens de changer notre voiture…On a eu, on a plus, et dans le fond quelque chose de très beau reste. On a pas envie d’exister par l’avoir, on en a moins et dans le fond ça laisse un espace, où quelque chose peut pousser, comme l’arbre…On m’a très jeune appris les lois de l’abondance. La première c’est la reconnaissance : reconnaître ce qu’on a déjà et savoir dire merci. La deuxième chose c’est la propreté et la beauté. Une autre loi c’est l’honnêteté et savoir gérer correctement. Et la dernière loi c’est la classe, c’est avoir confiance qu’on manquera jamais. Nostalgie d’une certaine grande époque ?Il y a eu cette grande époque. J’ai vu les photos, il y a des trucs incroyables. Faut voir la contrepartie, les domestiques ils étaient pas riches. Du moment qu’il me reste encore un bel arbre, je me sens pas lésée. Le bureau du maire, qui est communiste, c’était le bureau de mon grand-père. Je trouve ça plutôt sympathique. Jean RouannaNom du père : AndréNom de la mère : Cécile Gaix. Né à Valence dans la Drôme. Ma maison d’enfance, une grande ferme un peu à la romaine avec une cour centrale, un bâtiment d’habitation et trois hangars qui ferment cet espace, et puis un parc avec un jardin potager, verger, etc…Je l’ai quitté vers 20 ans. C’est toujours un endroit familial. J’ai surtout toujours aimé recomposer et fabriquer des espaces. Ce qui m’amusait c’était de fabriquer des cabanes, j’en ai construit partout, dehors, dans la maison, dans des poulaillers, etc…Plus tard, j’ai été paysagiste. C’est fabriquer de l’espace et se l’approprier. Ce qui m’amuse moi c’est de reconstruire, de faire évoluer les choses, le côté statique ne m’intéresse pas. Si j’avais le choix, j’aimerais changer d’endroit tout le temps. Un endroit où on se sent bien, c’est évidemment un endroit où on est aussi avec des gens avec qui on se sent bien. C’est un endroit que j’estime beau. C’est subjectif.La propriété, ça m’intérresse, mais pas pour l’avoir éternellement. J’ai pas le côté de conserver forcément et de le donner à ses enfants. C’est en fonction des besoins du moment, mais j’aime bien posséder quelque chose. Est-ce qu’on hérite de cette capacité à aimer la propriété ? A mon avis, oui. Le beau pareil. Hélène Le CornecNom du père : Michel DumasNom de la mère : Antoinette EsparssieuJe suis née dans un village qui s’appelle Loire-sur-Rhône. Je suis née avec une mère qui aimait le Bordeaux et un père qui ne jurait que par le Bourgogne. Ils étaient restaurateurs. Et mon père faisait son vin. On avait des terres. Il allait acheter sa vendange, parce qu’il avait pas assez de vignes pour faire les pots, les pots lyonnais, pour notre consommation personnelle. Il allait chercher sa vendange à Ampuis. Je suis née dans la chambre d’en haut, chez mes parents. Je suis vraiment née au restaurant. On nous a mis en pension rapidement. J’ai fait 10 ans chez les jésuites à Lyon. On a eu un énorme problème de ce côté là, on a eu une mère assez rigide. On a eu de la chance, parce qu’on était trois sœurs, et mes parents aurait voulu un garçon, donc on était à égalité dans la nullité. Donc maintenant que notre mère est morte, nous sommes en indivis et on s’entend comme larrons en foire. Quand notre mère était vivante, on avait mis de l’espace, parce qu’on se fâche pas dans les familles, on prend du large. Il y a une grosse villa encore dans la famille. Qui est bourrée à mort de tas de saloperies du restaurant. L’avantage de bien s’entendre c’est que nous prenons ce dont nous avons besoin. Ma sœur qui a une grosse baraque a rempli sa maison. Moi j’avais très envie du piston de mon père et de l’œil de bœuf. On prend ce dont on a envie. La table en noyer est partie à Rennes, chez une nièce… Souvenirs de vraies joies dans cette maison ?Le saucisson chaud après la messe de minuit. Ma mère arrivait en disant, « le saucisson a bouilli ». Ca ne doit jamais bouillir un saucisson. Parce qu’il y avait toujours un employé ou mon père qui restaient pour surveiller le saucisson, mais chaque année il y avait des soucis. Les souvenirs de vraies tristesses, c’était quand mes soeurs partaient en pension. Moi j’étais la plus jeune, alors je restais là. Elles partaient à l’automne et ne rentraient qu’à Noël, elles avaient 7 et 9 ans et ça les a massacrées. Et ensuite elles ne rentraient qu’à Pâques. On avait une immense chambre, on avait nos trois lits, et le soir je voulais tellement les entendre parler, je leur demandais tout leur planning de toute la semaine. Cette maison qui est au bord du Rhône a été construite en 1833 par mon arrière grand mère qui a commencé à faire un peu de friture aux ouvriers quand la ligne de chemin de fer s’est construite, puis les contremaîtres ont trouvé que c’était bon, alors elle a commencé à faire une grillade marinière, et ils ont trouvé ça délicieux, et elle a continué et a monté son restaurant comme ça. C’était un café qui est devenu un restaurant, et ma grand mère et ma mère, elles faisaient partie des « mères de Lyon ». Vous savez, il y avait la mère Brasier et il y avait la mère Dumas. Ma mère était une excellente cuisinière. Et donc c’était une maison de mariniers. J’ai toujours vu les grands filets de pêche. Surtout quand c’était prohibé et mon père il me disait le soir « non, non on laisse le portail ouvert ». En fait, c’était parce que les marins d’eau douce venaient la nuit, ils prenaient les filets chez nous, parce qu’on était une maison sérieuse, donc il ne pouvait pas y avoir de choses comme ça chez nous. Ils allaient au bord du Rhône récupérer la friture. Et le lendemain on avait les « gapions », les inspecteurs des fraudes, et nous on avait rien vu, rien entendu. Ca m’a un peu rassuré sur eux parce que j’ai eu une éducation assez raide. Aujourd’hui j’habite une maison de marinier, à Voret. C’est drôle. En fait, j’ai acheté un jardin. Il y a 15 ans je suis tombée amoureuse d’un jardin, tout petit, entre des murs et c’est une vieille maison de marinier qui est sur le cadastre de 1762. Je suis dans un hameau, à Grande-Gaudière, où je vis super bien avec mes voisins, où on n’a pas de problème de voisinage et on arrête pas de boire des canons. Moi, je suis bien là, je taille des rosiers, je suis bien les mains dans la terre et à organiser des fêtes dans le villages. Et là il y a plein de jeunes qui arrivent. J’ai pas de problème de propriété. Florence ClérecPour moi, la première chose que ça m’a évoqué, je pensais à la phrase de Rousseau dans le Discours sur l’origine de l’inégalité qui disait le premier qui a pris un pieu et qui l’a planté et qui a trouvé des hommes assez simples pour le croire quand il a dit ceci est à moi, est à l’origine de la société, et pour lui c’est la perte de l’état de nature, et donc la dégénérescence de la nature de l’homme qui était faite pour vivre en harmonie avec la nature, etc..donc en fait la propriété c’est le début d’une forme de dégénérescence de cet état de nature, ça c’est la première chose que je pensais. Et la deuxième chose que je pensais c’est que moi, j’ai pas du tout le sentiment de la propriété ni du territoire, j’ai l’impression d’être quelqu’un de complètement éclatée, j’ai pas de racines, quand on me demande d’où je suis, je suis toujours très embétée parce que tous les gens quand on leur demande d’où ils sont ils arrivent toujours à dire quelque chose et moi j’arrive jamais à dire quoi que ce soit parce que je suis née dans un endroit où on est pas restés, que mes parents ont passé leur temps à déménager, j’ai un père à un endroit, une mère à l’autre, parce qu’on est cinq enfants éparpillés, que j’ai pas non plus de lieu où je vis, Grenoble c’est accessoire, ça passera, donc je me reconnais pas du tout…J’aime pas cette notion de territoire. Mon territoire c’est ce que je me suis contruit et c’est quelque chose que je transporte de toute façon avec moi et qui ne s’ancre dans aucun bien matériel, bien que je sois propriétaire d’un appartement à grenoble, mais c’est un placement c’est tout. J’ai pas de propriété familiale. Pour moi la terre c’est quelque chose d’universel et le territoire c’est quelque chose d’excessivement intime, personnel. Mon territoire c’est quelque chose qui est très limité à un périmètre très réduit. Votre territoire c’est quelque chose d’émotionnel ?Complètement. Et affectif. Mes quatre enfants et c’est tout. Une terre où je me sens bien, c’est un endroit où je suis bien c’est tout. Quel est l’endroit ou la situation où vous vous sentez bien ? J’aime bien aller en Bretagne parce que c’est là qu’on quand même quelques vagues racines et c’est là qu’en fait je retourne régulièrement et c’est un pays que je trouve beau en accord avec mes sentiments et mes émotions. Où la terre et la mer domine où c’est pas l’humain qui domine. Il n’y aucune émotion pour vous dans le rapport à territoire quelconque ?Non. C’est une émotion que je ne comprends pas. Est-ce que vous avez un territoire mystique… ?Oui, c’est un peu mon angoisse. C’est les bouquins, la littérature, les livres. Et je me demande si je transpose pas un peu ce que j’ai pas trouvé ici dans des univers parallèles, mais qui finalement s’avèrent fictifs, donc dangereux. Et puis en plus je trouve que transmettre quelque chose à ses enfants c’est vraiment une plaie redoutable. Je ne transmettrais rien à mes enfants. Je ne veux pas qu’on m’impose le poids d’une maison familiale où je serais obligée de retourner tout le temps, moi j’aime voyager…Ma mère a 4 ou 5 maisons qu’elle nous a déjà dispatché et moi j’en veux pas, en plus c’est trucs qui n’ont aucune valeur, c’est des trucs qui sont achetés pour placer de l’argent, ça n’a aucun intérêts. Pour moi c’est un poids et je veux pas transmettre ce poids là à mes enfants. Je veux pas leur imposer une racine qui n’est pas vraie. La notion de la propriété je pense que c’est une peur à l’origine. Les gens ont besoin d’acheter quelque chose parce qu’ils ont peur de tout ce qui passe. Et aussi la volonté d’être un centre pour réunir, une maison familiale c’est un lieu de réunion. La propriété pour moi c’est le révélateur d’une forme d’angoisse. Jean Claude CarosseNom du père : Prosper Hubert Nom de la mère : Yvonne Baptistine Odile ChalotMoi je suis né chez moi. Dans une boulangerie. Dans l’appartement au dessus. Mon père était boulanger. Il avait une maison acheté par mon grand père pour mettre ses deux enfants dans une boulangerie. Mais avec les deux belles sœurs, ça a pas duré longtemps la propriété, il y avait pas de la place pour deux, vu qu’il y avait qu’une caisse. La maison a été cassée et la boulangerie aujourd’hui est devenue une halte garderie. Je suis resté jusqu’à trois ans dans cette boulangerie, le temps que les affaires cessent. Les souvenirs que je peux avoir sont très liés à la guerre. Mon oncle était patissier. Mon père faisait le double travail de boulanger, le jour pour vendre et la nuit pour alimenter tout un réseau de gens et aller chercher du travail au noir, sans rémunération, simplement pour alimenter les gens qui allaient chercher le blé du côté des Adrets. J’ai beaucoup de souvenirs là dessus, de ce qu’on me raconte. Par la suite j’ai beaucoup été dans le quartier parce que mon parrain était un russe blanc qui tenait une épicerie près de la boulangerie. Pendant très longtemps je m’arrêtais là et on avait une petite manie c’est de barboter quelque chose, sur la propriété des autres. On a pas mal vagabondé pendant 5, 6 ans et on s’est installé en Haute-Savoie et là il a essayé de repiquer à la boulangerie. Et là ça a été au niveau de la vie de choses interressantes, parce que ça correspondait à une époque importante où on s’est trouvé tous les quatre enfants, parce que c’était la première fois que mes parents récupérait ma sœur qui avait été elévée par mes grands parents. Et après on est revenu à la ville, Grenoble, les quais d’Isère. La vie de ton père, c’est des histoires qui t’ont été racontées, mais c’est très précis pour toi ?Oui. Il y a des images très précises parce que j’ai toujours entendu parler chez moi de cette histoire de vie de mes parents dans un quartier où se croisait des tas de gens qui appartenaient au commerce local et qui en plus, dans le rapport à la boulangerie ont marqué l’histoire du département, le maire des Adrets par exemple…J’habite Fonteyne. J’ai aussi une maison de propriété en Savoie, au fond d’un sac d’une vallée.C’est un ensemble de circonstances sur une histoire d’amour qui a eu lieu à la ville, des gens qui se rencontrent, qui t’emmène à la montagne et t’achète et puis tu deviens propriétaire, avec tas d’emmerdes, de voisinages, liés à l’histoire du village, des gens, des croisements, des mariages, des héritages etc…Et là je vais bientôt finir chez Julien Courbet pour un modeste droit de passage dont j’ai rien à faire, ils peuvent l’utiliser comme ils veulent mais faut absolument que j’y mette rien donc ça je supporte pas. Donc au bout de trente ans il faut que je fasse une lettre pour dire « vous ne pouvez plus passer chez moi ». Le lieu magique ? Fonteyne. La salle polyvalente. Il y a deux lieux en fait où je me trouve bien. Déjà le canapé. J’ai toujours dormi sur un canapé. C’est vraiment mon territoire, ma chose à moi. Pendant des années on a dormi sur un canapé et c’est toujours ce canapé, sur lequel je regarde la télé et c’est mon truc. Là, il peut rien t’arriver ?Il peut rien m’arriver sauf quand on partage la télévision, là c’est la dame qui prend le canapé et moi qui suis par terre, je peux bien faire des concessions de propriété quand même. Sinon, le lieu magique c’est l’atelier de la salle ???? A la fois on est propriétaires et à la fois on l’est pas. C’est pas une propriété privée. Mais j’y suis toujours accueilli comme le propriétaire des lieux. J’ai travaillé 18 ans à la MJC de Fonteyne. L’autre lieu magique de mon enfance c’est le théâtre antique d’Orange. Le premier oranger planté par la reine Juliana sur la colline au dessus du théâtre. J’y allais avec ma grand-mère. C’était gratuit à l’époque la culture. Les grandes manifestations populaires, on partait à 4 heures du soir sur des chemins pas possibles à l’autre bout de la ville pour aller aux grandes chorégies d’Orange (entre 6 et 9 ans). Les chemins de retour la nuit vers une heure du matin c’était une peur monstrueuse. Il n’y avait rien. Maintenant c’est fini, y’a plein de maisons. Ma propriété c’est quand même géographiquement la ville, au niveau de la relation avec les gens. Je me sens très propriétaire de la ville. Je le partage avec l’ensemble des gens qui y habitent, mais c’est mon domaine. J’ai toujours habité au dernier étage en ville, il paraît que ça créé des choses. C’est quand même une position dominante. A force de parler avec les gens, j’ai maintenant à peu près toute l’histoire de la maison. A la montagne, de toute façon, même en étant propriétaire, je suis étranger.J’usurpe et j’occupe quelque chose qui n’est pas à moi. Là haut j’ai tout à fait admis le fait que je ne serais jamais propriétaire. Je suis parti de ce principe là. Donc j’ai pas banalisé le terrain, pas mis de barrières. Par contre il y a des gens de la ville qui ont mis des barrières en face, parce qu’ils ont construit une cité de quatre chalets. Le seul enjeu d’héritage chez nous c’est un timbre poste. J’ai hérité d’un timbre poste et il vaut une fortune et on sait pas ce qu’il est devenu. On sait pas où il est. Il y en a peut être un qui l’a. Quand mon père est décédé, il y a des choses qu’on a pas retrouvé alors il faut qu’on recherche. Il est à moi. Je serais curieux de savoir où il est. Pour savoir ce qu’on en fait.
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